• Publié le : 17-06-2026

  • Type : Projet

Agrisud a participé au 6ème Sommet Désertif’actions qui s’est déroulé en mars dernier à Djerba en Tunisie. Organisé par le CARI, l’UNCCD et l’OSS, l’évènement a réuni plus de 350 participants internationaux provenant des quatre continents - chercheurs, ONG, institutions, organisations paysannes et collectivités locales - pour répondre à un enjeu déterminant : comment renforcer la résilience des territoires face aux sécheresses ?  

Un constat alarmant, mais des leviers d’action existent 

Ce sommet a rappelé l’urgence climatique : accélération de la dégradation des terres, sécheresses prolongées souvent suivies d’inondations, vulnérabilités accrues pour les populations rurales.  

« Nous ne sommes pas prêts ni au nord ni au sud » a rappelé en ouverture Patrice Burger le président du CARI. « 75 % de la population mondiale sera touchée par la désertification d’ici 2050 et 700 millions risquent d’être déplacées ».  

Les acteurs sur le terrain l’observent au quotidien : lorsque la terre s’appauvrit et que l’eau se raréfie, ce sont les systèmes alimentaires, les économies locales et la cohésion sociale qui vacillent entrainant avec elles toutes les insécurités. 

Pourtant, un message d’espoir est ressorti de Djerba : les solutions existent déjà dans les territoires, mais elles doivent être reconnues, soutenues et amplifiées. 

L’agroécologie : une réponse stratégique, éprouvée et durable 

Les travaux préparatoires du sommet, avec des ateliers internationaux dans 20 pays et des webinaires, ont démontré la pertinence de l’agroécologie pour relever les défis de la désertification : 

  • Restauration des sols dégradés en améliorant leur composition : air, eau, minéral, matière organique  
  • Augmentation de la capacité de stockage de l’eau dans le sol et de sa gestion, 
  • Renforcement de la fertilité et par voie de conséquence de la production pour la sécurité alimentaire, 
  • Soutient durable aux écosystèmes productifs, base des économies rurales.  

Cette approche se situe au cœur de notre action dans les différents pays d'intervention et notamment au Sénégal, où Agrisud intervient depuis plusieurs années aux côtés des exploitations agricoles familiales et des collectivités locales. 

Agrisud au Sénégal : des preuves venues du terrain 

      1. Restaurer les sols pour produire malgré la sécheresse 

Dans les zones vulnérables du bassin arachidier, les techniques agroécologiques (fertilisation sur une base organique, associations de cultures, biopesticides…) ont permis la reconstitution de sols très dégradés, une meilleure rétention hydrique et des rendements améliorés, même en année sèche. 

  • Fertilité des sols : réduction des charges liées à la fertilisation à hauteur des 2/3, notamment grâce à la diminution de l’usage des engrais chimiques, soit une économie d’environ 66 %. 
  • Economie d’eau : consommation réduite de 4 à 5 litres/m²/jour pour un besoin initial de 8 litres/m²/jour, 
  • Rendement : gain moyen de 1 à 1,5 kg/m² pour une production de référence de 3 kg/m² (cas de l’oignon). 

Ces systèmes, adaptés et mis en œuvre en fonction des contraintes locales, montrent qu’il est possible de nourrir les familles tout en préservant l’environnement. 

      2. Sécuriser l’accès à l’eau et prévenir les conflits d’usage 

Avec des comités locaux, Agrisud appuie la réhabilitation de couloirs de transhumance, la mise en place d’ouvrages hydrauliques et l’amélioration de l’irrigation. 

Ces initiatives prolongent les périodes de production, réduisent la pression sur les ressources et améliorent la cohabitation agriculture–élevage. 

Dans un contexte où la gestion de l’eau est un facteur clé de stabilité territoriale, ces solutions locales prennent une importance décisive. 

      3. Renforcer les activités économiques  

L’accompagnement d’Agrisud a permis la diversification des cultures et surtout la valorisation des productions (transformation, séchage, circuits locaux). 

Résultat : des revenus accrus (évolution des marges de 30 à 85%), une autonomie renforcée et une meilleure résilience face aux chocs climatiques.  

Un obstacle majeur : les financements n’atteignent toujours pas les territoires 

Les travaux à Djerba l’ont rappelé avec force : moins de 1 % des financements climatiques internationaux atteignent les acteurs locaux. 

Cette proportion n’a pas augmenté depuis dix ans, malgré les engagements affichés. 

L’Afrique reste particulièrement pénalisée : elle ne reçoit qu’une part marginale des financements mondiaux, la majorité des fonds arrivent sous forme de crédits remboursables, alors que le continent subit une crise climatique qu’il n’a pas provoquée. 

Cette situation n’est pas soutenable. Elle limite l’action locale et décourage les initiatives efficaces.  

Pourtant, des signaux positifs existent : adoption par l’UICN d’une stratégie sur 20 ans pour l’Afrique, lancement du programme Regen Africa, montée en puissance d’approches fondées sur les solutions locales. Mais le temps presse.  

Co‑construire, coopérer, investir local : la seule voie crédible 

Les interventions de tous horizons lors du Sommet l’ont souligné : les solutions efficaces naissent de la co‑construction et la coopération entre acteurs locaux, recherche, société civile et institutions. 

C’est la voie que suivent déjà des organisations comme le CARI et Agrisud : agir sur le terrain, démontrer, documenter, consolider, et porter ces expériences jusqu’aux espaces de décision, notamment à la COP17 en Mongolie, prochaine étape du plaidoyer issu de Djerba. 

La bonne nouvelle face à l’urgence climatique et à la désertification, c’est que ces solutions existent déjà. Elles émergent des communautés, des pratiques agroécologiques, des dynamiques territoriales et des coopérations construites dans la durée. 

Il est nécessaire aujourd’hui d’amplifier ces solutions, de les rendre visibles, et de leur donner la portée institutionnelle et politique qu’elles méritent.