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Publié le : 05-03-2026
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Type : Projet
Cette année, Agrisud International était présent au Salon International de l’Agriculture avec une ambition claire : rappeler que les transitions agroécologiques ne réussiront que si elles s’enracinent dans les territoires et si les producteurs sont pleinement associés aux solutions.
Deux moments forts ont marqué cette participation : une table ronde organisée avec Max Havelaar France et consacrée aux transitions agroécologiques en Côte d’Ivoire – pays à l’honneur cette année – et la signature d’un partenariat stratégique avec SEMAE pour renforcer les systèmes semenciers au service des agricultures familiales.
Comprendre les transitions agroécologiques à l’échelle d’un pays
Le 27 février, la table ronde a réuni des économistes, des experts climat, des ONG et des acteurs engagés dans la finance carbone et biodiversité. Ensemble, ils ont dressé un panorama clair de la situation ivoirienne : un pays agricole majeur, mais confronté à la pression sur ses forêts et à la nécessité de transformer ses modèles de production. Comme l’a rappelé Quentin Bédrune, ingénieur d’études au Citepa, l’agriculture ivoirienne émet relativement peu, mais la déforestation liée à l’extension des plantations de cacao pèse lourd dans le bilan carbone national. La Côte d’Ivoire s’est engagée dans une trajectoire ambitieuse de réduction des émissions d’ici 2035, ce qui implique de repenser en profondeur la gestion des ressources forestières, de restaurer des paysages dégradés et de renforcer l’agroforesterie.
Au fil des échanges, la question du financement des transitions s’est imposée. Les mécanismes carbone restent encore insuffisants pour répondre aux besoins. C’est pourquoi de nouveaux outils émergent, comme les crédits biodiversité présentés par Fabiola Flex, présidente de l’Organization of Biodiversity Certificates1 (OBC). Un projet pilote en Côte d’Ivoire vise ainsi à tester une grille d’évaluation coconstruite avec les acteurs locaux, afin d’émettre les premiers certificats biodiversité d’ici 2027. Pour Patrice K. Adaye, CEO d’AGROMAP, ces mécanismes peuvent offrir une reconnaissance juste des pratiques durables et ouvrir la voie à de nouveaux revenus pour les exploitations familiales.
Quand les transitions s’incarnent dans les territoires
La seconde partie de la table ronde a illustré la mise en œuvre concrète de la transition agroécologique en Côte d’Ivoire. Simon Baliteau, directeur adjoint des opérations d’Agrisud International, a présenté le projet AVAL opéré avec Agronomes & Vétérinaires Sans Frontières et PPI.
Ce projet accompagne 1 000 exploitations familiales autour d’Abidjan dans leur transition agroécologique : diversification des cultures, production de bio-intrants, amélioration de la fertilité des sols. Les premiers résultats sont encourageants (gains de rendements et de revenus) mais le changement d’échelle reste toutefois un défi et suppose un appui structurant : biofabriques locales, formation, recherche appliquée et sécurisation foncière.
Dans un autre contexte, mais avec la même volonté de restaurer les équilibres, Alain Panhard, directeur des opérations NBS2 chez aDryada, a présenté le projet Karidja, qui vise à restaurer 70 000 hectares dans l’agro-forêt du Haut‑Sassandra. La démarche repose sur une concession de 50 ans où se combinent reforestation, agroforesterie et valorisation carbone, dans un modèle qui prévoit un partage équitable des bénéfices entre l’État ivoirien et les communautés locales.
De l’ensemble de ces échanges est ressorti un message clair : les transitions agroécologiques ne peuvent réussir que si les producteurs y trouvent un bénéfice concret et s’ils deviennent des partenaires à part entière des solutions.
Un partenariat stratégique pour des systèmes semenciers plus résilients
En parallèle de cette table ronde, Agrisud International et SEMAE ont officialisé une coopération appelée à jouer un rôle clé dans les années à venir. Les deux organisations ont décidé d’unir leurs expertises pour renforcer durablement les systèmes semenciers au service des agricultures familiales.
L’expérience de terrain d’Agrisud, sa connaissance fine des agricultures paysannes et des réalités socio-économiques des TPE agricoles se combine désormais à l’expertise de SEMAE en matière de réglementation, de qualité, de certification et de structuration de filières.
En unissant leurs compétences, les deux organisations posent les bases d’une coopération ambitieuse visant à :
- Améliorer et structurer les systèmes semenciers locaux,
- Professionnaliser les acteurs,
- Adapter les approches aux réalités socio‑économiques des TPE agricoles,
- Coconstruire des actions, des formations et des projets au service des territoires.
Cette alliance ouvre de nouvelles perspectives. Elle permettra d’améliorer l’accès à des semences de qualité, adaptées aux contextes locaux, tout en renforçant les compétences des acteurs et en posant les bases de filières plus solides, capables de soutenir la transition agroécologique sur le long terme.
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