Rapports d'activité Version imprimable Suggérer par mail

Le rapport moral 2009 du Président

2009, une nouvelle année positive pour Agrisud. Notre ONG et les associations qui se situent dans sa mouvance ont conduit 36 programmes, investissant 4,3 millions d’euros sur ces opérations, réparties dans 13 pays. 3.350 exploitations agricoles familiales ont été lancées. Notre gestion dégage un léger excédent de 3.070 euros.

Au-delà des chiffres, la réalité de l'activité d'Agrisud, ce sont beaucoup de difficultés et d'obstacles surmontés, et beaucoup de satisfactions au vu de nos résultats de terrain. D'un côté, nos opérations requièrent de très intenses efforts pour leur montage et leur financement ; nous souffrons particulièrement du décalage entre la faible durée du financement – rarement plus de trois ans – et la nécessaire présence prolongée de nos équipes aux côtés des exploitants. De l'autre côté, nous avons le bonheur de voir, par milliers chaque année, des petits agriculteurs, hommes et femmes, durablement tirés de la précarité ainsi que des marchés alimentaires locaux mieux approvisionnés. Ces succès et l’amélioration de leurs conditions de vie sont notre récompense.

Mais nous restons au contact d'un des plus dramatiques phénomènes de notre temps : l’insécurité alimentaire. La malnutrition frappe un nombre accru de personnes dans le monde : 960 millions en 2009, selon la FAO, en augmentation de près de 17% en 2 ans. Soyons en bien conscients, l'empire de la faim continue de s'étendre. La sécurité alimentaire demeure problématique pour de nombreux pays, affectés de manière désormais structurelle par les variations aberrantes des marchés, l'effet des dérèglements climatiques, la démographie toujours galopante dans certaines régions, et bien souvent la ruine des agricultures vivrières. Des voix sont élevées, en 2009, comme lors des "émeutes de la faim" de 2008, qui étaient aussi des « émeutes de la pauvreté », pour sonner l'alarme et appeler à des actions efficaces.

Les solutions existent, nul n'en doute. Elles sont à rechercher du côté de l’amélioration du pouvoir d’achat des plus pauvres. Elles passent en même temps par l'atteinte, aussi rapide que possible, d'un meilleur niveau d'autosuffisance alimentaire. Les besoins locaux en nourriture de base doivent être davantage couverts, en plus grande proportion et comme ce fut historiquement le cas jusqu'à une période récente, par des produits agricoles et d'élevage locaux, venant de lieux de production aussi proches que possible du consommateur final.

Cette autonomie alimentaire ne sera atteinte qu'à deux conditions. Quelles que soient les réticences des théoriciens du libéralisme universel, une protection régionale à l'égard des importations de produits alimentaires dont les prix sont artificiellement abaissés doit être établie. En second lieu, doivent se développer à grande échelle les productions vivrières locales. Sur ce dernier point, qui est le terrain d'action d'Agrisud, tout le monde s'accorde sur le rôle essentiel de la petite exploitation familiale.

Mais Agrisud sait, de longue expérience, que le lancement de très petites entreprises (TPE) et leur mise en capacité de réussite durable sur les marchés locaux, sont des opérations difficiles. Elles font appel à beaucoup de professionnalisme et de persévérance, aussi bien qu'à un constant souci d'écoute et de respect à l'égard de personnes souvent très pauvres, à qui l'on propose de passer soit de l'oisiveté, soit de médiocres cultures de subsistance au métier d'entrepreneur inséré dans l'économie. Ceci est pour eux une véritable révolution culturelle. L'action quotidienne de nos équipes, faisant émerger et accompagnant des micro-entreprises profitables et durables, prouve qu’une économie de marché responsable c’est possible, mais c’est un métier complexe.

Notre souhait est que de nombreux organismes, à travers le monde, mènent à bien, comme nous essayons de le faire, cette double action : aider des personnes en état de précarité à « entreprendre contre la pauvreté » et contribuer à une meilleure sécurité alimentaire.

L'agroécologie se situe tout en haut de notre feuille de route. Pour pérenniser leur activité économique nous nous efforçons d'amener les entrepreneurs que nous appuyons à respecter l'environnement. Agrisud est en effet le témoin d’un autre aspect dramatique de l’état du monde : l’impact, souvent catastrophique dans les pays pauvres, de la ruine des sols et des dérèglements du cycle de l'eau. Nous n’avons pas besoin de théories pour constater l'impact du changement climatique, par exemple au Niger, au Sri Lanka, à Madagascar. Nous assistons en même temps à l'absorption, par des paysans désarmés face aux pressions commerciales, de pesticides et engrais chimiques dans des proportions désastreuses. Nous observons les dégâts qui en résultent pour les terres et l’eau, ainsi que pour les cultures elles-mêmes et en définitive pour la santé des agriculteurs et des consommateurs.

Nos pratiques d'agroécologie, c’est avant tout du bon sens et de pédagogie. Elles encouragent un usage modéré de l'eau, un maintien attentif de la fertilité des sols, le recours aux composts organiques et à des insecticides naturels. Elles aident à la production de légumes, de fruits et de produits d'élevage de haute qualité nutritionnelle, sanitaire et environnementale.

Ces démarches et ces techniques sont actuellement mises en forme, en vue d'être accessibles et largement diffusées. D’où la publication en juillet 2010 du "Guide Agrisud de l’agroécologie en pratiques", dont la réalisation a été initiée et financée depuis 2009.

Au plan opérationnel, l’année 2009 peut ainsi se résumer :

  • 13 pays d’intervention en Afrique, Amérique du Sud, Asie et Océan Indien,
  • 36 programmes de développement en cours,
  • 160 collaborateurs, dont 6 en France et 154 sur le terrain (143 cadres locaux et 11 expatriés dont 7 Volontaires du Progrès),
  • 28 partenaires opérationnels du Nord et du Sud,

et, en termes de résultats :

  • 3 350 nouvelles TPE,
  • 12 000 emplois,
  • 31 600 personnes sorties de la pauvreté,
  • 155.000 tonnes de production alimentaire,
  • 32 millions d’euros de revenus nets générés,
  • 2 300 tonnes de carbone séquestrées,
  • 28 nouvelles organisations du Sud formées en 2009 grâce au Cycle d’apprentissage.

qui viennent consolider les résultats accumulés depuis 1992, à savoir :

- 25 400 TPE créées,
- 100 000 emplois durables,
- 240 000 personnes sorties de la pauvreté,
- 90 organisations du Sud formées en 2009 grâce au Cycle d’apprentissage.

Au plan financier, l’exercice 2009 d’Agrisud se solde par un excédent financier de 3 070 € pour un produit d’exploitation de 2 486 896 € et des charges de 2 483 826 €.
Les ressources proviennent pour 68,2% d’origines publiques, dont 60% de l’UE, et pour 31,8% d’origines privées.

Ces ressources ont été employées à 80,4% pour les opérations de terrain, à 13,6% pour les frais de structure et à 6% pour l’identification et la préparation de nouvelles opérations.

En intégrant les activités des entités autonomes liées à Agrisud (en particulier l’IGAD mais aussi Agri-Cam, AgriDev, le Projet Madagascar…), les produits d’exploitation sont de 4 403 710 € pour un excédent d’exploitation de 35 603 €.

Au terme de cette année d'activité intense, nous remercions nos bailleurs de fonds et nos partenaires du Nord, comme nos partenaires de terrain.

Notre ONG est reconnue comme un acteur de développement durable : par les emplois qu'elle crée et l'économie locale qu'elle conforte, ce qui participe de la lutte contre la pauvreté ; par son impact sur la dignité et les droits des femmes ; par le souci qui est le sien de combattre la destruction des sols, la pollution des eaux et les atteintes aux écosystèmes ; par ses efforts pour que les TPE qu'elle soutient agissent positivement et intelligemment contre le changement climatique ; et enfin par sa contribution à la sécurité alimentaire de populations précaires.

Nous entendons progresser sur ces différents plans pour devenir pleinement opérateurs d’écologie.

Robert LION, 15 juin 2010

Le rapport d'activité est téléchargeable en cliquant sur la page de couverture ci-dessous.




 

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