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Novembre 2006
L’agriculture cambodgienne traditionnelle ne satisfait pas les besoins alimentaires de base de ses populations. Si elle emploie 75 % de la main d’œuvre disponible, elle est principalement centrée sur la riziculture. Son développement et sa diversification sont soumis à de fortes contraintes environnementales et techniques.
Pour remédier à cette situation précaire, le Cambodge a défini, en collaboration avec les bailleurs de fonds internationaux, un cadre d’intervention pour les actions d’appui à ce secteur-clé.
Les axes d’intervention retenus sont :
- d’augmenter la sécurité alimentaire tout en réduisant la dépendance vis à vis des importations,
- de créer un environnement favorable à la sédentarisation des populations déplacées,
- d’accroître les équipements disponibles et les revenus générés,
- d’améliorer la commercialisation des productions et l’accès aux intrants.
C’est dans ce contexte qu’Agrisud International intervient au Cambodge depuis 1995.
Ainsi, les programmes menés dans les quatre provinces de Pursat, Siem-Réap, Battambang et Phnom-Penh ont touché en 7 ans près de 6.000 Très Petites Entreprises, élevant ainsi le niveau de vie d’environ 36.000 personnes.
Forte de cette expérience, l’équipe d’Agrisud International lance une nouvelle opération avec l’appui financier de l’Union Européenne dans la province très reculée de Banteay Meanchey : le PADSA, Programme d’Appui au Développement de la Sécurité Alimentaire.
En 1999, la province de Banteay Meanchey (située au nord-ouest du Cambodge à la frontière avec la Thaïlande) est la dernière province a être sécurisée après la période ‘’Khmers rouges’’. Ce lourd passé, encore très présent dans les mémoires, a engendré une situation alimentaire très critique et une pauvreté souvent insoutenable.
C’est partant de ce constat -et forts de leurs 7 ans d’expérience cambodgienne-, que les experts d’Agrisud mènent en juillet 2002 un premier diagnostic régional. Ce diagnostic permet de repérer les contraintes et opportunités pour pallier cette situation difficile dans la logique d’un développement ‘’par l’économique’’.
Ce diagnostic est complété par des études sectorielles plus approfondies qui aboutissent à un cadre d’action pour la mise en œuvre d’un programme. Ce cadre prévoit de travailler pour l’essentiel avec les agriculteurs déjà installés, évoluant dans des conditions d’activité très précaires.
Il fixe comme principaux objectifs d’améliorer les activités existantes et d’en créer de nouvelles, afin de mieux approvisionner les marchés locaux et d’augmenter les revenus des populations locales.
Les activités à promouvoir sont aussi variées que le maraîchage, le petit élevage, la culture vivrière, la culture de champignons, l’arboriculture fruitière ou encore l’amélioration des systèmes rizicoles traditionnels.
Sur les huit districts que compte la province, trois sont retenus : ils regroupent à eux seuls 60% de la population de la province.
La phase opérationnelle commence le 1er janvier 2003.
Jean-Paul Romano, un agronome d’Agrisud qui bénéficie quant à lui de 10 ans d’expérience de l’agriculture cambodgienne, est en charge de mener à bien ce programme. Avec son jeune adjoint cambodgien Ros Limhy, agronome comme lui, il compose rapidement une équipe de techniciens, de formateurs et d’économistes, ainsi que de cadres administratifs. En tout 25 personnes, la plupart issues des précédents programmes. Quant aux autres, il faudra rapidement les former.
Les contacts préalables avec les autorités et les partenaires locaux sont indispensables et déterminent la qualité des relations ‘’institutionnelles’’.
La base opérationnelle peut être mise en place et les techniciens prennent connaissance de leur nouveau terrain. Tout en continuant d’approfondir le diagnostic et la diversité des situations, ils peuvent très vite valider avec les populations locales les programmes d’intervention. 
Les 60 premiers exploitants sont sélectionnées dès le premier trimestre 2003, en tenant compte du type d’activités qu’ils mènent et de leur situation géographique, mais aussi de leur motivation. Ils sont appelés des exploitants "pilotes" dans cette phase de démarrage. La diversité des situations oblige à apporter des réponses individuelles.
Entre temps, le centre de formation est créé. Ce centre évoluera progressivement en "Centre de Ressources Professionnel" (CRP) qui deviendra le dispositif central pour la phase d’essaimage, en regroupant en son sein toutes les compétences d’appui nécessaires.
Les premières formations peuvent commencer.
Tep Seng est un des premiers à en bénéficier. Son activité principale est la riziculture, mais il dispose d’un chamcar -parcelle exondée- en friche. C’est sur cette parcelle qu’il va développer ses activités de diversification.
La formation s’effectue en partie au CRP et sur son propre terrain. Les techniciens d’Agrisud lui apportent aussitôt les appuis nécessaires pour faciliter en particulier l’accès aux principaux "facteurs de production" : l'eau, la fertilité du sol, les semences.
Dans peu de temps sa femme pourra aller vendre les premières récoltes de choux, de concombres et de patsaï sur le marché de Sisophon, le chef lieu de la province. Il a déjà fixé son prix de vente et ne descendra pas au-dessous. Il connaît en effet les prix du marché pour ses légumes et se sent capable de défendre la valeur de sa production auprès des grossistes.
Ces prix, il les connaît grâce à "l’observatoire économique" mis en place par Agrisud, sur la base d’enquêtes menées régulièrement sur les prix de gros et de détail, ainsi que sur la consommation. Cet observatoire doit permettre de mieux ajuster l’offre aux besoins du marché.
Fort de ces différents soutiens des dispositifs d’Agrisud, Tep Seng est en mesure de développer son activité dans de bonnes conditions. Ses revenus vont devenir réguliers et lui permettre de vivre dignement ainsi que d’ envoyer ses enfants à l’école.
Ces impacts sociaux seront suivis de près par l’équipe d’Agrisud, tout comme les résultats techniques (rendements, volume produits…) et économiques (charges et produits, marges…), ainsi que les impacts environnementaux (agriculture sédentarisée et raisonnée, bonne gestion de la fertilité, utilisation d’intrants respectueux de l’environnement, limitation des activités prédatrices en particulier sur la forêt…).
Dans quelques semaines, Tep Seng deviendra peut-être un "maître-exploitant", sélectionné et formé pour transférer à d’autres ses savoir-faire. C’est l’effet de levier qui va permettre à Agrisud de toucher en moins de 3 ans plus de 500 familles dans cette région : 3.000 personnes sorties durablement de la pauvreté.
A juillet 2004, le projet a déjà touché plus de 200 TPE et une évaluation du projet à mi-parcours a été réalisée par un bureau d'études indépendant, mandaté par le bailleur de fonds. Un extrait du rapport (résumé et conclusions) est présenté dans le fichier joint (Cliquez-ici). |